Quand on vit avec une pompe à insuline, ce sont souvent les gestes les plus simples qui font la différence : où poser son cathéter, quand le changer, comment surveiller sa peau ou réagir face à une hyperglycémie inhabituelle… Ces habitudes, parfois perçues comme des détails, participent pourtant directement à la sécurité, au confort et à l’efficacité du traitement.
Infirmières spécialisées en diabétologie à l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP, Créteil), Kristell Coudriau et Magalie Leret accompagnent au quotidien des personnes en situation de diabète. Elles nous partagent ici leurs conseils les plus concrets, afin mieux vivre sous pompe au quotidien.
Pourquoi les gestes du quotidien sont-ils si importants quand on est sous pompe ?
Kristell COUDRIAU : Quand les gestes deviennent des réflexes, cela aide énormément au quotidien et en cas de problème avec la pompe ou le capteur, on est plus serein et on réagit plus vite. Le diabète est une maladie chronique : installer une routine permet d’éviter les erreurs, les mauvaises habitudes et de diminuer la charge mentale.
Magalie Leret : L’objectif n’est pas de vivre « pour » sa pompe mais de faire en sorte qu’elle s’intègre dans le quotidien. Plus les gestes sont simples et répétés, moins ils deviennent source de stress.
Parmi les gestes qui reviennent régulièrement, il y a la pose du cathéter ou du pod. Quel principal conseil donnez-vous aux personnes diabétiques ?
Kristell COUDRIAU : L’important, c’est de changer de site à chaque fois que l’on change de cathéter ou de pod, afin de prévenir tout risque infectieux, mais aussi éviter l’apparition d’irritations, de plaies et surtout les lipodystrophies, ces petites zones épaissies sous la peau qui peuvent perturber le passage de l’insuline.
Magalie Leret : Quand l’insuline diffuse mal à cause d’une lipodystrophie, la pompe peut continuer de fonctionner parfaitement… mais le traitement devient moins efficace, car l’insuline est moins bien administrée et moins bien diffusée dans l’organisme. Les vérifications de la pose du cathéter ou du pod est donc primordial.
Quelles zones recommandez-vous pour poser son cathéter ou son pod ?
Kristell COUDRIAU : Les zones le plus souvent recommandées sont :
- L’arrière du bras (dans une zone souple et graisseuse) ;
- L’abdomen, en gardant environ deux doigts de distance avec le nombril ;
- Le haut des fesses ;
- La face externe de la cuisse.
A l’inverse, quelles zones faut-il éviter ?
Magalie Leret : Il faut éviter les zones musculaires, comme le dessus des cuisses, l’avant du bras… car dans les muscles, l’insuline peut alors diffuser plus rapidement que prévu, ce qui modifie son action.
Kristell COUDRIAU : Et ce sont également des zones qui exposent davantage aux douleurs, aux hématomes et aux problèmes cutanés.
Et à quelle fréquence faut-il changer son cathéter ou son pod ?
Magalie Leret :
Cela dépend du modèle utilisé : certains dispositifs doivent être changés tous les trois jours, d’autres peuvent être portés jusqu’à sept jours. Il faut toujours suivre les recommandations du fabricant et les consignes de son prestataire de santé.
Y a-t-il un meilleur moment pour effectuer le changement ?
Kristell COUDRIAU : Nous recommandons généralement de le faire avant un repas. Cela permet de vérifier rapidement que l’insuline passe bien. Si après le repas la glycémie monte anormalement, on identifie plus vite un éventuel problème lié à la pose. En revanche, changer son dispositif juste avant de dormir n’est pas recommandé : le risque est de ne pas repérer immédiatement une hyperglycémie qui pourrait être liée à un dysfonctionnement.
Est-ce qu’il y a des contrôles à faire après la pose, et si oui lesquels ?
Kristell COUDRIAU : On vérifie d’abord que le dispositif adhère correctement et on surveille sa glycémie dans les heures qui suivent.
Magalie Leret : Il faut aussi regarder s’il n’y a pas de fuite d’insuline : humidité autour du cathéter, dispositif décollé, sensation inhabituelle… C’est important de prendre son temps pendant la pose : beaucoup de petits incidents arrivent dans la précipitation.
Qu’en-est-il du capteur de glycémie ? A quoi faut-il faire attention ?
Magalie Leret : Il faut déjà rappeler que ce capteur est au centre des décisions thérapeutiques. Si les données ne sont pas fiables, tout le reste l’est moins aussi. Il est donc très important de le poser correctement pour que la pompe puisse administrer l’insuline en ayant des informations fiables.
Où faut-il poser son capteur de glycémie ?
Kristell COUDRIAU : Cela dépend du fabricant : la plupart recommandent uniquement l’arrière du bras, mais d’autres autorisent aussi l’abdomen. Le plus important, c’est donc de respecter les zones validées par le fabricant. Nous voyons également parfois des patients poser leur capteur sur les zones musculaires pour des raisons pratiques, mais il semble que cela soit moins fiables en termes de résultats.
Magalie Leret : Pour les capteurs FreeStyle® et Medtronic® la pose est uniquement sur les bras et pour les capteurs Dexcom® sur le bras et sur l’abdomen.
Faut-il tourner les sites du capteur aussi ?
Magalie Leret : Oui, absolument. La bonne pratique, c’est d’alterner, de changer de bras et de décaler également de quelques centimètres par rapport à la dernière pose. Cela permet de laisser la peau récupérer et de préserver la qualité des mesures dans le temps.
Quels conseils donnez-vous, afin de bien préparer et préserver sa peau ?
Kristell COUDRIAU : Avant toute pose, la peau doit être propre, désinfectée puis parfaitement sèche. C’est pourquoi il faut éviter de mettre de la crème juste avant la pose : les corps gras diminuent l’adhérence.
Magalie Leret : Le Pod, le cathéter ou le capteur… Tout cela peut entraîner des rougeurs, irritations, allergies à la colle, démangeaisons… Il est également important d’observer sa peau à chaque retrait du dispositif et ne pas attendre qu’un problème cutané ne s’installe. En cas de soucis récurrents, il existe des solutions comme des films protecteurs transparents, qui se posent entre la peau et le capteur, et qui permettent de protéger la peau, ou ce qu’on appelle des « under patch ». Ceux sont des patchs en silicone, à mettre sur la peau et sur lequel on pose la pompe ou le capteur. Cela peut être fourni par les prestataires de santé (mais souvent en dernière intention) ou par son pharmacien mais à la charge du patient.
Quels signes doivent faire penser à un problème de cathéter, et que faire dans ce cas ?
Kristell COUDRIAU : une hyperglycémie inexpliquée qui dure malgré une correction pendant plusieurs heures.
Magalie Leret : On n’attend pas ! On contrôle les cétones avec une bandelette urinaire et/ou bandelette de cétonémie (violette), puis on fait une correction au stylo si possible. Globalement, quel que soit le résultat, nous recommandons de changer l’intégralité de son matériel : cathéter, réservoir, tubulure s’il y en a une, etc. Il vaut mieux ne pas prendre de risque et prendre toutes les précautions possibles.
Que faire si la valeur du capteur ne correspond pas à ce que l’on ressent ?
Magalie Leret : Faire une glycémie capillaire, c’est-à-dire avec une bandelette de glycémie. Il existe en effet un décalage physiologique entre la mesure du glucose interstitielle, par le capteur, et la glycémie capillaire, mesurée par une piqure au bout du doigt. Il est estimé à quelques minutes, de dix à vingt environ. Sur des périodes glycémiques stables, la mesure va être identique. En revanche, sur des périodes de variation, la glycémie peut en changer et différer en fonction de la méthode de contrôle. Le mieux, c’est donc de valider avec une mesure au bout du doigt pour être sûr qu’on n’est pas en hypoglycémie, et d’agir en fonction.
Kristell COUDRIAU : La nuit, certaines défaillances peuvent aussi être dues à une compression du capteur, qui affiche de mauvaises informations. Le patient peut être tout à fait stable alors que le capteur annoncer une hypoglycémie par exemple. Donc là encore, avant de se resucrer, on fait une mesure capillaire pour vérifier la glycémie.
Magalie Leret : Ce qu’il faut retenir c’est qu’il faut savoir se faire confiance et écouter son corps.
Le sport ou l’activité physique amènent les personnes atteintes de diabète à se poser beaucoup de question. Quelles sont vos préconisations ?
Kristell COUDRIAU : Avant le sport, ce qu’il faut toujours faire, c’est d’abord contrôler sa glycémie. Ensuite, avant de partir, il faut prévoir de prendre avec soi des solutions de resucrage et bien sûr, de l’eau.
Magalie Leret : Si l’activité est proche d’un repas, il faut anticiper avec son protocole habituel : adaptation du bolus et utilisation éventuelle du mode sport sur les systèmes compatibles. Faire une collation avant le sport si la glycémie est inférieure à 1.40 g/L
Et au travail ou en déplacement ?
Kristell COUDRIAU : Toujours avoir avec soi un kit de secours, avec un cathéter, un réservoir ou une pompe patch de rechange, de l’insuline en stylo avec ses aiguilles, un capteur, des piles de rechange pour la pompe, un lecteur de glycémie, des bandelettes pour la glycémie et les cétones, ainsi qu’un dispositif de resucrage d’urgence.
Magalie Leret : Au bureau ou sur son lieu de travail, on peut évidemment laisser ce kit de secours sur place. A ce propos, c’est toujours bien que quelqu’un soit au courant, même si bien sûr il n’est en aucun cas obligatoire de prévenir son employeur. Mais en cas de difficulté, il est préférable de prévenir une personne de confiance au travail qui pourra apporter de l’aide en cas d’hypoglycémie ou de problème technique avec la pompe
Un dernier conseil ?
Kristell et Magalie : Ne restez jamais seul face à une difficulté. Quand le quotidien devient trop lourd, il faut en parler, sans attendre, avec son prestataire de santé pour toute question technique, ou avec l’équipe médicale pour toute question liée à son traitement. Et bien entendu, il ne faut jamais oublier qu’à tout moment, en cas de soucis ou de doute avec son matériel, on peut immédiatement repasser avec des injections au stylo !